L’agriculture cellulaire

Comment tout a commencé

Après plusieurs années de recherches et d’expérimentations, le chercheur néerlandais Mark Post est le premier scientifique à présenter une preuve de concept de viande produite à partir de cellules. Son burger a été dégusté en août 2013 lors d’une conférence de presse organisée pour l’événement à Londres.2 Cette dégustation a marqué l’entrée de l’agriculture cellulaire dans la sphère publique et a permis de montrer au monde entier qu’il était possible de produire de la viande sans l’élevage et l’abattage d’un animal.

Depuis cette première preuve de concept, des progrès significatifs ont été accomplis, faisant par exemple passer le prix d’un steak cultivé de 250.000€ à 9€.3 De nombreux chercheurs et chercheuses travaillent aujourd’hui au développement des produits de l’agriculture cellulaire pour changer l’avenir de notre système alimentaire et le rendre plus éthique, durable et responsable.

Professeur Mark Post présente le premier hamburger cultivé à Londres
Professeur Mark Post présente le premier hamburger cultivé à Londres

Comment cela fonctionne-t-il ?

Les produits de l’agriculture cellulaire peuvent être divisés en deux catégories : les produits cellulaires et les produits dits acellulaires.

Les produits cellulaires font référence à la viande cultivée à partir de cellules. La viande est composée de muscles, eux-mêmes composés de cellules. La production de viande cultivée se fait alors directement à l’échelle des cellules. Après un prélèvement indolore par biopsie de cellules souches, celles-ci se multiplient et se différencient en cellules de muscles dans un environnement adapté à leur croissance. Ces cellules de muscle peuvent être ajoutées à des cellules de graisse et de tissus conjonctifs pour former de la viande.

Les produits dits acellulaires impliquent la culture et la récolte d’un produit que les cultures cellulaires fabriquent. Les produits acellulaires sont par exemple les protéines de lait ou de blanc d’œuf. Ces composants peuvent être cultivés directement à partir de micro-organismes, comme la levure, sans que l’on ait besoin d’animaux. Ce procédé appelé « fermentation » est utilisé depuis de nombreuses années dans l’industrie agroalimentaire pour produire par exemple des enzymes (présure dans le fromage).

Pourquoi est-ce important ?

Les projections anticipent une forte augmentation de la consommation de produits d’origine animale. Une étude de l’ONU projette une augmentation de la consommation mondiale de viande de 76 % d’ici le milieu du siècle. Avec une telle demande de produits d’origine animale d’ici 2050, les terres arables du monde devraient augmenter de quelque 70 millions d’hectares, et une grande partie de ces nouvelles terres agricoles se trouveraient ainsi sur des zones actuellement boisées.4 Il devient donc nécessaire de considérer d’autres moyens d’élaborer des produits animaux qui nécessitent moins de ressources naturelles. C’est dans ce contexte que l’agriculture cellulaire apparaît comme l’un des éléments de réponse pour concilier notre grande consommation de produits d’origine animale avec la protection de l’environnement, la santé humaine, le bien-être animal et les défis posés pour nourrir les 10 milliards d’êtres humains en 2050.

L'agriculture cellulaire en France

Le domaine de l’agriculture cellulaire se développe depuis quelques années et de nombreuses initiatives voient le jour en Europe. 

En France, deux entreprises travaillent au développement de viande cultivée.

  • L’entreprise GOURMEY travaille à cultiver du foie gras de canard à partir de cellules prélevées dans un œuf de cane. En théorie, un œuf suffit car les cellules continuent ensuite de se développer tant qu’elles sont nourries. L’équipe de GOURMEY souhaite proposer son premier produit d’ici 2022.
  • L’entreprise Vital Meat développe de la viande de poulet et de canard à partir de lignées cellulaires aviaires. L’ambition de Vital Meat est de proposer au consommateur des produits à haute valeur sociétale : bons pour le consommateur (goût, santé) et éthiques (empreinte écologique faible, pas d’animaux impliqués dans la chaîne de production).
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Un nombre croissant de chercheurs et d’entrepreneurs français s’impliquent dans l’agriculture cellulaire au travers de diverses organisations : 

  • Gilonne d’Origny a travaillé à New Harvest, ONG américaine qui finance la recherche sur le développement de l’agriculture cellulaire.  Elle travaille à l’Institute for Protein Design à l’Université de Washington sur les développements de nouvelles technologies d’agriculture cellulaire.  Elle intervient régulièrement dans les médias et dans les conférences sur ce sujet, particulièrement dans le contexte des solutions d’adaptation au réchauffement planétaire, dans la transformation du système industriel intensif de production de protéines comestibles et pour assister à la transition de l’agriculture intensive à l’agriculture régénératrice. Gilonne d’Origny fait partie des conseillers d’Agriculture Cellulaire France.
  • Didier Toubia est le Co-Fondateur et PDG de Aleph Farms, l’une des entreprises les plus avancées dans le développement de la viande cultivée. Avant de créer Aleph Farms avec le groupe Strauss et le Technion-Israel Institute of Technology, Didier a co-fondé et dirigé (PDG) IceCure Medical, active dans le domaine des traitements mini invasifs des tumeurs, et a dirigé (PDG) NLT Spine, acquise par SeaSpine en 2016. Didier est un Ingénieur en Agro-Alimentaire de AgroSup Dijon et diplômé de l’ESCP. Il détient aussi un Executive MBA des business schools Kellogg et Recanati. Didier Toubia fait partie des conseillers d’Agriculture Cellulaire France.
  • Nathalie Rolland, fille et petite-fille d’éleveurs, est diplômée de l’université Paris Dauphine et d’AgroSup Dijon. Elle a travaillé avec le chercheur Néerlandais Mark Post à l’université de Maastricht où ils ont réalisé ensemble une étude sur l’acceptation du consommateur de la viande cultivée. Elle a ensuite rejoint une organisation à but non-lucratif internationale pour aider au développement de l’agriculture cellulaire, principalement en Europe. Elle mène également une enquête concernant l’acceptation de la viande cultivée en France et en Allemagne avec un centre de recherche français. Nathalie Rolland est la présidente et co-fondatrice de l’association.

Nous pensons que la France, avec sa culture gastronomique réputée, sa capacité d’innovation et son engagement pour l’environnement, a l’opportunité de se positionner comme leader de ce nouveau secteur, ce qui permettrait également à notre pays de rester compétitif dans le domaine agroalimentaire.

À travers un partage de ressources et d’informations et grâce au soutien de la recherche collaborative, Agriculture Cellulaire France a pour objectif de mobiliser divers acteurs et de présenter l’agriculture cellulaire comme une solution possible aux problèmes environnementaux, sanitaires et de bien-être animal en France et dans le monde.

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Références

2. First lab-grown burger tried and tested in London”, dans Euronews [en ligne], 08/13, [consulté le (20/01/19)], disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=2o0MCZwL_VE

3. “The €250,000 lab-grown burger could be a more palatable €9 in two years”, The Independent, Juillet 2019, https://www.independent.ie/business/farming/beef/the-250000-labgrown-burger-could-be-a-more-palatable-9-in-two-years-38298335.html

4.  Global agriculture towards 2050, FAO, Octobre 2009, http://www.fao.org/fileadmin/templates/wsfs/docs/Issues_papers/HLEF2050_Global_Agriculture.pdf