FAQ

Cette FAQ vise à répondre à vos interrogations concernant l’agriculture cellulaire.

On entend parfois que la viande cultivée n’est pas naturelle et que c’est problématique. Qu’en est-il ?

Cet argument repose sur l’hypothèse que ce qui est naturel est nécessairement bon quand ce qui n’est pas naturel est nécessairement mauvais. Cette relation de causalité n’est pourtant pas évidente, quand on sait que de nombreuses substances naturelles sont toxiques pour les humains, à l’instar de l’arsenic. À l’inverse, les vaccins ou les antibiotiques ne sont pas naturels mais ont permis de sauver des centaines de millions de vies. On peut également s’interroger sur la pertinence de la distinction entre ce qui nous apparaît naturel ou pas. En effet, pratiquement plus aucun de nos aliments, au XXIe siècle, n’est naturel à proprement parler. Les fruits et légumes en sont des exemples : objets de diverses sélections génétiques destinées à modifier leur aspect physique ou leurs qualités nutritionnelles, ils sont éloignés de ceux que nos ancêtres consommaient.

Par ailleurs, on peut se demander si la viande conventionnelle peut être encore considérée comme naturelle. Dans l’élevage industriel, les animaux sont le résultat de l’insémination artificielle ; ils sont sélectionnés génétiquement afin de produire des quantités de viande, lait ou œufs bien supérieures à celles qu’ils produisaient auparavant. Par exemple, les poulets de chair dits standard grossissent aujourd’hui 4 fois plus rapidement qu’en 19501, les poules pondent près de 300 œufs par an contre tout au plus une vingtaine lorsqu’elles vivaient à l’état sauvage2, les truies donnent naissance à 29 petits par an contre 16 en 19703, etc. Les conditions de vie des animaux, et le recours aux hormones et antibiotiques, font qu’il est difficile de parler de naturel préservé dans les productions animales actuelles.

La consommation de viande cultivée est-elle sans danger ? 

La production de viande cultivée ne devrait pas recourir à l’utilisation d’antibiotiques, permettant ainsi de lutter contre l’antibiorésistance. Les animaux d’élevage industriel consomment aujourd’hui environ la même quantité d’antibiotiques que les humains4, contribuant au développement de l’antibiorésistance. La production de viande cultivée dans un environnement stérile devrait réduire les risques de contaminations par des bactéries (listeria, E.coli, salmonelles…). La maîtrise du nombres d’animaux devrait permettre de contenir les risques de zoonoses (maladies animales qui se transmettent à l’être humain, telle que la maladie de la vache folle, la grippe aviaire et porcine). La possibilité de produire une viande sur mesure devrait également permettre de produire une viande avec le taux de graisse souhaité, de remplacer la graisse contenant des acides gras saturés (dont la consommation en excès accroît le taux de cholestérol) par des acides gras oméga-3 (rappelons que les maladies cardiovasculaires sont l’une des principales causes de décès dans les pays développés). Les producteurs pourraient aussi ajouter des compléments nutritionnels en fonction des attentes des consommateurs. Le poisson cultivé à partir de cellules serait ainsi exempt de métaux lourds et de plastiques. 

La production de viande cultivée nécessite-t-elle le recours aux antibiotiques ?  

L’utilisation massive d’antibiotiques dans l’élevage industriel, pour prévenir les maladies dues au confinement des animaux ou accélérer leur croissance, est la cause principale d’antibiorésistance chez l’humain5. Les conséquences pour la santé humaine peuvent être très préoccupantes si rien ne change.6 La production de viande cultivée ne devrait pas nécessiter l’emploi d’antibiotiques puisque les cellules devraient se développer dans un environnement stérile. L’agriculture cellulaire permettrait donc de limiter le développement de l’antibiorésistance chez les humains. 

La production de viande cultivée repose-t-elle sur l’utilisation de sérum fœtal bovin ?

Aucune des entreprises travaillant au développement de viande cultivée ne compte utiliser de sérum fœtal bovin pour pour les produits qu’elles commercialiseront. Pour la production du premier burger cultivé présenté au grand public en 2013, le chercheur néerlandais Mark Post a bien utilisé une solution nutritive des cellules à base de sérum de veau fœtal, un liquide sanguin issu des fœtus de vache. Mais le sérum fœtal bovin étant un produit animal coûteux, instable et incompatible avec le respect du bien-être animal, les chercheurs travaillent au développement de solutions nutritives sans sérum7. Depuis, la startup Mosa Meat fondée par Mark Post ainsi que de nombreuses autres entreprises sont parvenues à produire un milieu de culture sans sérum fœtal bovin. 

La production de viande cultivée est-elle respectueuse du bien-être animal ?

La viande cultivée ne nécessite pas de tuer d’animaux. Pour sa production, il suffit de prélever un échantillon de cellules par biopsie, un processus indolore pour l’animal. Selon l’entreprise Mosa Meat, à partir d’un échantillon de moins d’un gramme de muscle, nous pourrions produire 10 000 kilogrammes de bœuf.  Grâce à la grande quantité de viande pouvant être produite à partir de peu de cellules, il serait donc aisé de garantir de très bonnes conditions de vie pour les animaux donneurs. 

À qui s’adressent ces produits en développement ? 

Les produits de l’agriculture cellulaire s’adressent à toute personne souhaitant bénéficier d’aliments avec les mêmes qualités que les produits d’origine animale (goût et bénéfices nutritionnels) avec une empreinte écologique réduite, un plus grand respect de l’animal et un impact positif sur leur santé. Ces personnes à la recherche d’alternatives aux produits animaux conventionnels pour diversifier leurs apports protéinés sont parfois appelées flexitariennes. Ces produits ne sont pas développés à l’attention des végétariens ou végétaliens.  

Pourquoi développer l’agriculture cellulaire, alors que des alternatives végétales sont aujourd’hui disponibles ?

Le développement d’alternatives végétales aux produits animaux est en croissance et constitue un élément de réponse à la crise environnementale. Bien que l’offre végétale se développe et que les produits s’améliorent sur le plan gustatif, le goût et la texture des substituts végétaux peuvent être un frein pour certains consommateurs. De plus, ces produits souffrent encore parfois d’une mauvaise image. L’agriculture cellulaire permettrait de proposer des produits complémentaires aux produits végétaux qui devaient être proches des produits animaux conventionnels avec un goût, des qualités nutritionnelles et une utilisation semblables. La viande cultivée permettra, tout comme la viande conventionnelle, de facilement proposer un apport complet et équilibré en protéines, en particulier pour les 9 acides aminés non synthétisés par l’organisme.

L’agriculture cellulaire, c’est aussi la production de lait, d’œufs, de cuir… Les procédés de fabrication sont-ils les mêmes que pour la viande cultivée ? 

Pour obtenir des protéines de lait ou de blanc d’œufs, les chercheurs et chercheuses cultivent des micro-organismes tels que des bactéries, levures ou champignons qui, par fermentation, fabriquent les protéines souhaitées. Après récolte et purification, les protéines peuvent être mélangées à d’autres substances (graisse, sucres…) pour obtenir le résultat désiré. La production de protéines par fermentation n’a rien de nouveau : elle est employée depuis plusieurs décennies dans la production industrielle d’enzymes (une classe de protéines) intervenant dans la fabrication de nombreux produits de consommation courante. Un des exemples les plus connus est la chymosine, une enzyme active présente dans la présure, utilisée pour la production de fromage. La chymosine peut être obtenue par culture en fermenteurs. Aujourd’hui, 80 % de la présure consommée aux USA est produite de cette manière. Un autre exemple de protéine obtenue par fermentation est l’amylase, une enzyme couramment utilisée dans la fabrication de la bière et du pain. Pour la viande cultivée, la technique est différente car il s’agit de culture cellulaire.

Quel sont les défis à relever aujourd’hui dans le développement de l’agriculture cellulaire ?

Il reste à surmonter de nombreux défis technologiques, tels que la production d’un milieu de culture (solution nutritive des cellules) idéal pour chaque type de cellules, l’optimisation des machines dans lesquelles se développent les cellules (bioréacteurs), le développement d’une structure de soutien pour la croissance des cellules qui permettent de créer des pièces de viande de l’épaisseur souhaitée. D’autres défis non techniques existent tels que la perception du consommateur et la réglementation et l’autorisation de mise sur le marché de ces produits.

Est-ce que l’Union Européenne soutient des projets de développement d’agriculture cellulaire?

Plusieurs projets européens ont reçu des soutiens financier de l’Union Européenne:

  • le projet Meat4All, mené par l’entreprise espagnole BioTech Foods et avec l’entreprise française Organotechnie, a reçu plus de 2,7 millions d’euros de subvention européenne pour la recherche sur la viande cultivée. Cette subvention s’est effectuée dans le cadre du programme Horizon 2020 qui fait partie de l’European Green Deal.
  • CCMeat en Islande
  • Cultured Beef en Espagne

Quelle implication pour les acteurs de la viande conventionnelle ? 

De nombreux acteurs du monde de la production de viande conventionnelle sont intéressés par l’agriculture cellulaire. Aux USA, l’entreprise Tyson Foods (premier exportateur de bœuf américain) a investi dans les entreprises de viande cultivée Memphis Meats (USA) et Future Meat Technologies (Israel). Le groupe Cargill a investi dans les entreprises Memphis Meats (USA) et Aleph Farms (Israël). En Europe, le producteur de volaille allemand PHW a investi dans l’entreprise SuperMeat (Israël), les groupes suisses Migros dans Aleph Farms (Israël) et Bell Food Group dans Mosa Meats (Pays-Bas). Nous pouvons également citer l’éleveur de porcs britannique Illtud Dunsford qui a co-fondé la startup Cellular Agriculture Ltd pour travailler sur la production de viande cultivée. En France, le Groupe Grimaud (spécialisé sur la sélection génétique animale) a lancé la startup Vital Meat pour travailler sur la production de viande cultivée de poulet et de canard.

Quel est l’impact de la viande cultivée sur l’environnement ?

Il existe encore peu d’études sur l’impact environnemental8 9 de la viande cultivée, mais leurs résultats semblent prometteurs. Ils suggèrent que les émissions directes de gaz à effet de serre seraient considérablement moins élevées, notamment par rapport à l’élevage bovin. 

Cependant, cette affirmation doit être nuancée en fonction de l’énergie utilisée dans la fabrication de la viande cultivée. Ainsi, plus nous utiliserons des sources d’énergie décarbonées, plus les émissions de gaz à effet de serre directes issues de la viande cultivée seront faibles en comparaison de l’élevage industriel conventionnel.

La consommation d’eau semble également moins importante pour la production de viande cultivée que pour celle de la viande d’élevage, et le processus d’eutrophisation10 qu’il engendre diminuerait considérablement. 

Le point fort de la viande cultivée réside dans la très faible quantité de terres qu’elle nécessite. Or, aujourd’hui, c’est principalement le manque de surfaces agricoles disponibles qui pousse à la déforestation. Celle-ci exerce une pression sur les habitats naturels des animaux, menant à un effondrement rapide de la biodiversité11, ainsi qu’à des quantités colossales de carbone libérées dans l’atmosphère. Le développement de la viande cultivée permettrait donc de rendre aux animaux de nombreux territoires et de stocker des quantités non négligeables de carbone, via la reforestation ou le déploiement de technologies de capture de carbone.

En résumé, la viande cultivée serait donc meilleure pour la biodiversité, meilleure pour le climat (et elle le deviendra de plus en plus à mesure que nous utiliserons des énergies décarbonées), produirait moins de déchets, tout en nécessitant moins d’eau et de terres.

Quels sont les profils recherchés par les acteurs de l’agriculture cellulaire aujourd’hui ?

Les profils les plus recherchés actuellement sont des profils scientifiques qui concernent :

  • La culture cellulaire, l’ingénierie tissulaire
  • La chimie, la chimie analytique
  • La biologie cellulaire 
  • La bioinformatique
  • La conception et formulation de milieux de culture
  • L’ingénierie des procédés
  • Les bioréacteurs
  • La sécurité et qualité des aliments
  • Le développement de produits
  • L’ingénierie des bioprocédés et la biotechnologie
  • La science des aliments
  • La fermentation

Des profils non scientifiques commencent à être recherchés dans les entreprises les plus avancées :

  • Marketing
  • Communication
  • Supply chain
  • Analyse de données
  • Développement commercial

Le podcast 80 000 hours détaille les types d’expertise nécessaires dans le domaine actuellement. S’engager auprès d’organisations à but non lucratif comme Agriculture Cellulaire France peut être un excellent moyen de commencer à travailler sur certains des sujets les plus importants dans ce domaine.

Si une de vos interrogations sur l’agriculture cellulaire n’a pas été traitée dans cette FAQ, n’hésitez pas à nous contacter.

 

Références

1. https://ec.europa.eu/transparency/regdoc/rep/1/2016/FR/1-2016-182-FR-F1-1.PDF

2.https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0032579119417999?via%3Dihub 

3. https://www.ifip.asso.fr/PagesStatics/resultat/pdf/retro/00gttt.pdf

4. https://en.wikipedia.org/wiki/Antibiotic_use_in_livestock

5. Bulletin de l’Organisation mondiale de la Santé 2015; 93:217-218, [en ligne], disponible sur : http://dx.doi.org/10.2471/BLT.15.030415

6. https://www.who.int/mediacentre/news/releases/2014/amr-report/en/

7. https://www.mosameat.com/blog/2019/11/15/mosa-meat-on-netflixs-explained 

8. Tuomisto, Hanna & Mattos, M.J.. (2010). Life cycle assessment of cultured meat production. https://www.researchgate.net/publication/215666764_Life_cycle_assessment_of_cultured_meat_production

9. Environmental Impacts of Cultured Meat Production Hanna L. Tuomisto and M. Joost Teixeira de Mattos Environmental Science & Technology 2011 45 (14), 6117-6123 DOI: 10.1021/es200130u  

10. Et sur l’eutrophisation : Nemecek, T.; Poore, J. (2018-06-01). “Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers”. Science. 360 (6392): 987–992. doi:10.1126/science.aaq0216 

11.Machovina, B.; Feeley, K. J.; Ripple, W. J. (2015). “Biodiversity conservation: The key is reducing meat consumption”. Science of the Total Environment. 536: 419–431. doi:10.1016/j.scitotenv.2015.07.022 

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